Suite de notre visite sur les blogs des différents quotidiens belges et nous nous arrêtons, ce jeudi, sur ceux de Sud Presse en compagnie d’Eric Verschueren, un des deux responsables de la cellule internet du groupe.
Actuellement, ils sont deux à s’occuper de la cellule Internet de Sud Presse : Christiane Turck et Eric Verschueren. Ce dernier est un ancien journaliste sportif, ayant exercé pendant 18 ans sur le format « papier ». Aujourd’hui, il s’est lancé dans une nouvelle aventure : le journalisme sur la toile.
« Les blogs de Sud Presse sont un quiproquo, un mélange entre un forum et un blog » nous raconte Eric. « Nous privilégions l’aspect interactionnel. Nous lançons un sujet dans un petit édito, et nos visiteurs peuvent réagir. A la fois sur notre édito, et à la fois sur les autres commentaires. »
Il est vrai que, si l’on compare les blogs de La Libre ou du Soir avec ceux de Sud Presse, la différence est assez criante. Ici, pas question d’articles « copier coller », de dépêches d’agence, et même de billets plus personnels d’un journaliste. Non, le blog se veut un espace de discussion où l’on balance un sujet. « Et 9 fois sur 10, il est tiré de l’actualité. Un sujet qui secoue les gens. On ne fait pas dans le banal… On choisi un fait d’actualité dont on sait qu’il ne laisse pas les gens indifférents. »
Si les blogs de Sud Presse se rapprochent plus du modèle « forum », c’est aussi un choix dicté par la réalité du terrain. Les lecteurs n’envoient plus comme avant des lettres pour le traditionnel « courrier des lecteurs ». Ce temps-là est révolu. Une nouvelle agora doit être mise en place. Ce qui ne va nullement à l’encontre d’une recherche de davantage d’interactions. Que du contraire. Pour un quotidien qui se veut « proche des gens », comme le sont les quotidiens du groupe Sud Presse, il ne s’agit là que d’un prolongement légitime et attendu.
« Et puis, notre façon de procéder ne doit pas être si mauvaise que cela. Nous enregistrons énormément de réactions. Par exemple, le blog de Colette Braeckman proposé par Le Soir propose, contrairement à nos blogs, des articles construits. Ils sont, certes, très intéressants à lire. Mais on n’y dénombre pas beaucoup de réactions. Nous ne mettons donc pas d’articles en ligne. Nous souhaitons une tribune où nos lecteurs donnent leurs avis. »
Sud Presse exerce-t-il une certaine forme de censure sur les commentaires ? « Non, les commentaires sont publiés directement. Même si, pour certains forums, des modérateurs surveillent le tout. Les propos injurieux, racistes ou qui vont à l’encontre de la déontologie de Sud Presse sont forcément supprimés. On ne peut tolérer cela… Ce ne serait pas bon pour notre image. Pour illustrer cela, je prendrais cet exemple. Nous avons ouvert un blog consacré au choc entre Anderlecht et le Standard. Nous avons eu 1400 avis en 7-8 jours. Parfois, certains insultaient des supporters adverses. On ne peut tolérer cela, sous peine de voir un de nos lecteurs quitter le blog car « les propos qui y sont tenus l’indisposent »… »
Et quid des évolutions ? « Sud Presse a lancé son site Internet avec énormément de retard. Et l’on essaie de le résorber. En ce moment, on regarde dans toutes les directions, et on voit ce qui marche, ou ce qui ne fonctionne pas. On va donc peaufiner notre brouillon… On y corrige tous les bugs,… Il ne faut pas oublier que notre site n’est en ligne que depuis quelques mois. » On comprend dès lors toutes les petites erreurs de jeunesse…
Sud Presse a donc du retard à résorber, et en est conscient. Le défi est de taille, et n’empêche cependant pas de se fixer des objectifs. A savoir, 30000 cliques uniques avant la fin de l’année !
Et pour y arriver, il existe, comme pour La Libre et Le Soir, une belle complémentarité entre le support papier et Internet. « Chaque jour, nous bénéficions d’une tête de page dans le Peps (ndlr : supplément quotidien people gratuit) où l’on annonce ce qui nous paraît intéressant sur nos blogs. Et l’on essaie d’attirer un maximum de monde en nous diversifiant. »
Un mot encore sur Eric Verschueren. Se reconvertir en journaliste web, après 18 ans de métier dans la presse traditionnelle, cela engendre des effets pervers. « Je comprends maintenant pourquoi les personnes travaillant dans l’audiovisuel squattent les chiffres du CIM… Moi-même, maintenant, je consulte tous nos chiffres, et statistiques de fréquentation du site… (rires). C’est tout de même génial de voir que, à 42 ans, on peut encore évoluer, et s’orienter vers de nouvelles perspectives que peut nous offrir l’outil Internet. C’est une belle passerelle entre les journaux traditionnels et écrits. Cela nous permet d’élargir nos horizons. C’est motivant de savoir que l’on peut encore évoluer… (rires)»
C’est peut être là que réside tout l’attrait de devenir journaliste « multimédia » dans des groupes de presse s’orientant dans cette voie-là…
Rédigé par Cédric Baufayt