Une fois n‘est pas coutume, l’équipe de « Kiosque » a quitté ses studios parisiens pour produire une spéciale Belgique depuis la RTBF. Tuner était dans les coulisses.
Un accent un peu exotique s’entendait dans les couloirs de la RTBF, aux alentours du studio du JT. TV5MONDE avait pris possession des lieux pour un « Kiosque spécial Belgique », quelques jours après les Elections législatives.
Ce n’est pas une première pour l’émission de sortir de son studio de l'Avenue de Wagram, dans le 17è arrondissement de Paris. La RTBF a déjà accueilli les équipes et « Kiosque » a aussi réalisé quelques numéros au Maroc. L’émission du jour se découpe en 2 partie. La première consacrée à la situation politique en Belgique après le raz-de-marée nationaliste en Flandre, les journalistes « locaux » invités sont Béatrice Delvaux (Le Soir), Pierre Marlet (RTBF), Guido Fonteyn et Liesbeth Van Impe (Het Nieuwsblad). L’autre volet sera consacré à la perception de la Belgique à l’étranger avec Jean Quatremer (Libération - F), Noureddine Fridhi (Al Haya - Liban), Chritsian Rioux (Le Devoir - Canada) et Ruth Reichstein (Handelsblatt – All.). Pierre Kroll fera office de lien entre les deux parties du débat, il distillera quelques-uns de ses dessins tout au long de l’émission.
« Kiosque » démarre sur un reportage d’introduction, réalisé par Pierre Marlet qui fait un parallèle entre la Belgique et le batiment commun à la RTBF et la VRT, la « Cité Reyers ». Étonnement pour Christian Rioux, le Canadien, qui remarque que les deux chaines nationales publiques sont totalement indépendantes. Contrairement à Radio Canada (et la SSR-idée suisse - ndlr) où il subsiste un direction communes aux différentes entités qui forment le diffuseur national outre-Atlantique. Les budgets et la production de certaines émissions d’intérêt fédéral sont votés par une l’instance qui chapeaute le tout. Les problèmes des Belges nous intéressent beaucoup, explique le correspondant québécois du « Devoir » à Paris. Il y a certaines similitudes, notamment parce que nos deux pays sont fédéraux et où il y aussi une minorité francophone. Le Canada, contrairement à la Belgique a longtemps essayé de faire des réformes institutionnelles mais n’y est jamais parvenu.
C’est ce qui nous intéresse dans le « Cas belge ». Et ce qui nous fascine, c’est que vous vous parlez. Vous avez réussi en plus de 40 ans à réformer votre Constitution plusieurs fois. Les Canadiens ont essayé une seule fois, et le pays a été au bord de l’explosion. Ce qui est un peu étrange, conclut le journaliste, c’est que les Québécois ont une histoire qui ressemble plus à celle des Flamands. Nous avons été la « nation » opprimée, où la langue française était considérée comme celle des pauvres et du peuple. La grande différence réside dans le poids qu’ont les Flamands en Belgique, par rapport à celui des Francophones au sein du Canada (24% - ndlr).
Ce dimanche 20 juin était une sorte de marathon pour la Rédactrice en Chef du Soir, qui a enchainé « Mise au Point » à 11h30, et l’enregistrement de « Kiosque » à 15h. Dans le débat dominical de La Une, la journaliste y expliquait qu’il était parfois difficile de faire comprendre la Belgique aux « étrangers ». Il faut avoir un devoir de pédagogie, précise Béatrice Delvaux. Les étrangers sont parfois un peu comme les Flamands, ils oublient qu’il y a Bruxelles. Mais je dois reconnaitre qu’avec les crises qui se sont succédées sur 3 ans, pas mal de journalistes se sont intéressés à la Capitale. La presse étrangère présente à Bruxelles, connaît de mieux en mieux notre système. Petit regret, celui d’avoir fait le plateau avec les journalistes nationaux. Un exercice que pratique fréquemment la journaliste du Soir lors des débats de la RTBF ou de RTL-TVi. Les journalistes étrangers sont parfois plus durs que nous. Après la victoire de Bart de Wever en Flandre, c’est la presse internationale qui a réagi avec plus de virulence parlant même d'une « Europe qui éclate avec la Belgique ». En fin d’émission Béatrice Delvaux semblait assez dubitative sur le devenir du Royaume au-delà de 5 ans. Je pense que finalement ce sont les Flamands qui décideront. On a de plus en plus l’impression que le choix de rester ensemble est surtout pris par dépit. Pour moi, à un moment donné, au détour d’une route, on risque de rapidement se trouver à un « Carrefour » et ne plus avoir de choix. J’ai eu ce sentiment quand Yves Leterme est parti donner sa démission au Roi et que, dans l’imbroglio général, quelques parlementaires flamands se sont mis à chanter le « Vlaamse Leeuw » au Parlement. Le contrôle peut échapper à quelqu’un et que tout peut être possible en 5 minutes.
Pour Paul Germain, journaliste détaché de la RTBF à TV5 et présentateur du « Bar de l’Europe », faire comprendre la Belgique aux autres part déjà d’un constat, celui où les Belges finalement ne comprennent déjà pas eux-même ce qu’il se passe. En France, les gens qu’ils soient journalistes ou pas commencent à s’intéressé à la Belgique. Les mécanismes de solidarité qui sont mis à mal chez nous, inquiètent les Européens. Le modèle belge est quelque part aussi le modèle européen avec une forte présence de consensus et de liens entre les Communautés qui fonctionnent. Pour la petite histoire, lorsque TV5 traite de la politique intérieure de notre pays et que les téléspectateurs peuvent intervenir ou poser leurs questions, la majorité des interrogations viennent de… Belgique.
L’objectif de ce « Kiosque » en Belgique était de couvrir une actualité politique complexe. Dans le monde entier, raconte Phillipe Dessaint, le présentateur, on ne comprend pas bien ce qu’il se passe. Il y a un Roi, des Communautés... C’est la Captiale de l’Europe et en plus, après les dernières élections, il y a cette possible évaporation du pays. Nous voulons vraiment d’expliquer aux téléspectateurs des cinq continents quel est le véritable risque, si risque il y a. A titre personnel, Philippe Dessaint a moins de mal que ses collègues à comprendre le fonctionnement de la Belgique. Je suis originaire du Nord de la France et donc je connais et j’aime la Belgique depuis très longtemps. C’est un beau pays qui possède une certaine rationalité et qui surmonte ses crises, mais il y a aussi une sorte de « mystère belge »...
La plus ancienne émission de TV5MONDE retrouvera l’antenne à la rentrée, et Pierre Kroll fera partie des caricaturistes attitrés du programme. Il deviendra un habitué des aller-retour Liège-Paris en Thalys, l’an prochain.
Reportage : Pierre Bertinchamps
pierre@tuner.be
Photos : © TV5MONDE – Aurélia Blanc