David Lallemand : « La disparition de "Quand les jeunes s’en mêlent" me met en colère ! »
L’émission qui donne la parole aux jeunes, le samedi après-midi, ne reviendra pas à la rentrée, après 8 ans de présence sur La Prem1ère. « Quand les jeunes s’en mêlent » fera place à une capsule quotidienne. L’ex-producteur et créateur du programme tire la sonnette d’alarme.
Que va devenir « Quand les jeunes s’en mêlent » à la rentrée ?
L’émission s’arrête. Elle ne reviendra pas, telle quelle entre 15h et 17 heures, le samedi sur La Prem1ère. A moins d’un retournement de situation de la part de la Direction de l’Information ou du Conseil d’administration de la RTBF, il n’y aura plus deux heures d’antenne qui donnent la parole aux jeunes. La nouvelle formule serait une diffusion de capsules de quelques minutes, à l’issue des journaux à des heures de plus grande écoute. La RTBF veut essayer de faire passer la pilule de cette suppression, en rendant le concept quotidien. Mais je ne vois pas comment on remplace 120 minutes hebdomadaires, par 5X5 minutes quotidiennes… avec un « best of », le samedi après-midi. Et je me demande comment cette compilation va être montée puisque l’assistant de production et le technicien qui s’occupait, à mi-temps de l’émission, n’ont pas été reconduits sur le programme.
Passer en quotidienne, ce n’est pas une meilleure exposition pour faire passer un message ?
Il faut arrêter de faire croire aux gens que l’on fait plus avec moins. C’est faux! Je ne vois pas très bien comment la raison d’être de « Quand les jeunes s’en mêlent » qui était la rencontre entre les générations autour d’un sujet de société ou d’actualité va encore pourvoir se faire en cinq minutes par jour. C’est une régression qui est extrêmement dommageable et inquiétante à un moment où justement les médias n’arrêtent pas donner de l’information, à propos des jeunes, sur des aspects négatifs et sensationnels.
Quelle est la raison invoquée par la RTBF ? L’audience ?
Je pense qu’il y a une réflexion intense sur les moyens qui sont investis dans l’information sur La Prem1ère, car il semblerait qu’elle n’obtienne pas les résultats escomptés, et que les émissions-phares en matière d’information ne remportent pas le succès espéré. « Quand les jeunes… » s’inscrit dans une réflexion plus large sur les performances de la station, sans avoir en même temps une réflexion sur les contenus. Le programme est menacé depuis sa création. C’est presque une performance en soi de l’avoir maintenue dans la grille de La Prem1ère après mon départ de la RTBF. Et je trouve que Marie-Laure Steisel s’en est d’ailleurs très bien sortie, cette saison.
Votre départ n’a pas été un prétexte pour laisser durer l’émission un an et puis la retirer plus « calmement » …
C’est votre analyse... je vous la laisse, mais je la trouve tout à fait correcte dans le sens où il y a moins d’investissements dans l’émission avec une personne qui ne faisait pas que cette émission sur La Prem1ère. Lors de ma dernière saison sur la RTBF, je présentais aussi, une semaine sur deux, le JP de 8 heures. On en demande de plus en plus aux personnes qui travaillent en leur laissant entendre que si ça ne convient pas, d’autres accepteront de le faire à leur place. Ca devient très compliqué de faire un travail de qualité quand on se trouve sur plusieurs choses à la fois. Derrière cet alibi de « Quand les jeunes s’en mêlent », ce que je crains c’est que l’on va faire plus de tort que de bien à la jeunesse, dans un format-court qui oblige à tomber dans le sensationnalisme et les formules choc, alors que les jeunes n’ont pas besoin de cela. C’est justement le contraire qu’il leur faut. Prendre son temps et discuter sérieusement avec eux et de manière intelligente et posée. Je ne vois pas comment on va pouvoir créer de la rencontre et du lien dans une « capsule ». Mais je ne demande qu’à entendre, et je sais qu’il y des gens de qualité à la RTBF qui font du très bon travail journalistique…
C’est une de ses « missions » que la RTBF abandonne ?
« Quand les jeunes s’en mêlent » était une émission que l’on ne retrouvait nulle part ailleurs. Certes, et je suis le premier à le dire, nous avons fait parfois des émissions qui n’étaient pas « réussies », mais il n’y a que le service public qui peut créer, sur ses antennes, du lien intergénérationnel qui permet de renouer tous les autres : les liens culturels, sociaux, familiaux…
On sent une certaine amertume…
Depuis cette saison, je n’avais plus rien à voir avec l’équipe de production de l’émission, mais j’avais gardé d’excellents contacts avec l’équipe avec qui j’avais travaillé. Equipe qui aujourd’hui est démembrée pour de mauvaises raisons et sur des arguments qui pour moi ne tiennent absolument pas la route. C’est vraiment du style de communication que de faire croire au public que ça va obtenir « plus », avec ce passage en quotidienne à une heure de grande écoute, alors que ce sera moins en terme de contenu et de production. Je ne vois pas où sont les bonnes nouvelles ! Je ne suis pas amer, je suis triste et plutôt en colère, car à la sortie de la saison précédente, rien allait changer, et finalement aujourd’hui, il y a des nouveaux plans pour l’équipe. Aujourd’hui, on propose 5 minutes, demain ce ne sera plus que deux, et le programme mourra de sa belle mort parce que pour ce qu’il en reste… On a déjà connu ce genre de situation à la RTBF. Je suis triste de voir qu’aussi, à la RTBF, on va faire des économies sur le dos de la jeunesse. Alors que c’est justement là qu’il faudrait investir massivement pour aussi donner une meilleure image de nos jeunes…
Quelles sont les réactions au Cabinet de la Ministre Fadila Laanan ?
Yves Reinkin (Ecolo – ndlr), président de la Commission Jeunesse et Aide à la jeunesse, au Parlement de la Communauté française, a interpellé la Ministre de l’Audiovisuel, la semaine dernière, et la réponse a été à l’identique de la communication de la RTBF, avec la mise à l’antenne d’une capsule de 5 minutes à une heure de grande écoute.
L’envie de la RTBF ne serait pas de donner plus de temps de parole aux jeunes sur sa webradio C Top ?
Si il y avait un partenariat qui se créait avec C Top , j’en serais le premier ravi, et ce serait franchement plus cohérent. On avait cherché à la faire à l’époque où j’étais encore à la RTBF, mais ça semblait être une mission impossible. Nous avons essayé de trouver un partenariat de la manière la plus intelligente possible avec les responsables de la radio « jeune ». Nous n’avons pas pu aboutir, faute de moyens.
Que faites-vous aujourd’hui ?
Je travaille sur un projet très enthousiasmant et très positif avec Bernard De Vos, Délégué-général aux droits de l’enfant, avec qui il est possible de s’entendre, et certainement d’avoir des échanges de qualité et qui a le courage de s’investir dans des choses qui porteront sur la durée, et justement pas pour un succès immédiat.
Billet radio du prix Première 2009, Nicolas Marchal
François Masure - Correspondan t local pour TF1 et LCI (19/10/2007)
Comment la première chaîne de télévision européenne a couvert l'information sur la Belgique? François Masure, correspondant local pour TF1 et LCI répond à nos questions.